L’ergonomie du web : les bonnes pratiques

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Dérivé du grec « Ergon » (travail) et « Nomos » (principe ou loi), l’ergonomie désigne la science du travail qui est l'usage des forces et des facultés dont l'homme a été doté par son Créateur.
L’ergonomie est alors l'étude scientifique de la relation entre l'homme et ses moyens, méthodes et milieux de travail ; ainsi que de l'application de ces connaissances à la conception de systèmes qui puissent être utilisés avec le maximum de confort, de sécurité et d'efficacité par le plus grand nombre.

 

 

La naissance de l’ergonomie jusqu'à l’ergonomie du web

Les bases de l’ergonomie sont très anciennes. Les précurseurs de ce concept étaient des protagonistes des sciences de l'ingénieur ou de la médecine durant l'Antiquité jusqu’au Moyen Âge. Ainsi durant l’Antiquité nous avions Plaute (IIIe siècle av JC) ou Xénophon (-426/-355 av JC) qui se sont intéressés aux postures de travail dans certains métiers, ou au travail à la chaîne mis en œuvre pour faire fonctionner les machines de guerre. Après le Moyen Âge, en tant que avant-gardiste de l’ergonomie nous retrouvons Léonard de Vinci (1452-1519) qui créa des machines permettant à l'homme de surpasser ses limites, et également Guillaume Amontons (1633-1705), passionné par les machines et instruments dédiés au travail qui va faciliter le travail artisanal grâce au recours aux nouveaux instruments.
Parmis les précurseurs de l’ergonomie, nous retrouvons également Wojciech Jastrzebowski (1799-1882), ingénieur et naturaliste polonais qui publia un ouvrage en 1857 en utilisant pour la première fois le terme « ergonomie ». Bien que ce n’est seulement qu’à partir de la Seconde Guerre mondiale que le terme sera utilisé, Wojciech Jastrzebowski est considéré comme le fondateur du terme et du concept de l’Ergonomie.

Ce terme d'« Ergonomie » finit donc par s'imposer tardivement en France, Belgique, Italie et Suisse alors que ces pays ont un rôle précurseur important dans l'étude scientifique du travail humain. L'histoire de l'ergonomie francophone quant a elle, peut être divisée en trois périodes principales. Selon Antoine Laville nous pouvons visualiser une première période, entre 1945 et 1963, qui s’intitulerait : « La conception avant la naissance officielle », une seconde de 1963 à 1970 : « L’enfance de l’ergonomie francophone », et une dernière période durant les années 1970, 80 et 90, « Une période de développement ».
Cependant, l’ergonomie est longtemps restée destinée à des professionnels exerçant dans l’industrie, sur des chaines de production, dans les processus de design ou encore dans la conception d’interfaces logicielles. Mais au début des années 1990, l’arrivée d’internet va modifier le contexte et les conditions de l’ergonomie.

L’ergonomie associée aux nouvelles technologies et à la conception d’interfaces numériques, a vu le jour dans les années 80 sous le nom de HCI, ou IHM en version française, avec l’apparition du premier ouvrage sur le sujet : « Human Factors in Computing Systems » (Les facteurs humains dans les systèmes informatiques). Une décennie plus tard et avec l’apparition progressive du World Wide Web, plusieurs livres ont été publiés sur la conception de logiciel et aucun d’entre eux n’utilise encore le terme « d’utilisabilité » ou d’« ergonomie ».

Au fil du temps, la démocratisation progressive des systèmes informatiques a permit a quiconque de créer des sites sur la toile. Site personnel ou site d’informations, nous retrouvons des menus, des liens et des fonctionnalités, éléments positionnés selon les propres envies de chacun, comme si cet individu s’était improvisé ergonome. Mais cette science qu’est l’ergonomie, est également un métier qui demande une certaine connaissance des prés-requis théoriques et fonctionnels.

 

En quoi consiste l’ergonomie du web ?

Le terme « ergonomie de web » a été employé pour la première fois dans les années 1980 lorsque John Whiteside de la société Digital Equipment Corporation et John Bennett de la société IBM, ont publié différents articles sur l’ingénierie de l’utilisabilité logicielle. Leurs études se voulaient d’améliorer la conception d’un produit, en mettant en avant l’utilité des tests utilisateurs pour améliorer la qualité des produits et la productivité de ces derniers.
La méthode se voulait de calculer une mesure à partir d’une formule que ces ingénieurs ont conçue, puis ensuite d’interviewer et de questionner les utilisateurs afin d’aider l’évaluateur à compléter la mesure précédente. Cette méthode qui a été critiquée est restée une évaluation trop artisanale pour la majorité des protagonistes.

Cependant cette nouvelle approche par le test utilisateur est par la suite devenue le fondement de l’ergonomie. Tout au long de la démarche ergonomique, la conception et l'évaluation du produit s'attachent alors à prendre en compte les besoins et attentes de l'utilisateur final ; elle vise à intégrer la composante humaine, le « point de vue utilisateur », dans le processus de conception d'un produit informatique : la conception centrée sur l’utilisateur. Les deux critères les plus employés sont l'utilité et l’utilisabilité.
L’utilité, elle, renvoie à l'idée qu'une application doit répondre à un besoin et être pertinente au regard des objectifs de l'utilisateur cible. Par exemple, un cédérom contenant les données d'une encyclopédie peut être utile, mais n'est pas forcément utilisable (facile d’utilisation).
L'utilisabilité est définie par la norme ISO 9241 comme le « degré selon lequel un produit peut être utilisé, par des utilisateurs identifiés, pour atteindre des buts définis avec efficacité, efficience et satisfaction, dans un contexte d'utilisation spécifié ». C'est une notion proche de celle d'ergonomie, qui est cependant plus large. Il y a trois critères d’utilisabilités, le premier étant l’efficacité (le produit permet à ses utilisateurs d'atteindre le résultat prévu), le deuxième l’efficience (atteint le résultat avec un effort moindre ou requiert un temps minimal), le troisième la satisfaction (confort et évaluation subjective de l'interaction pour l’utilisateur).
Après ces deux définitions, nous pouvons dire que l'ergonomie est l'union de l'utilisabilité et de l’utilité.

L’utilisabilité se décompose en de nombreux aspects décrits dans les bonnes pratiques, aussi appelées guidelines, de systèmes d'exploitation et de logiciel. Les ergonomes utilisent des listes de critères afin d'évaluer l'utilisabilité des interfaces logiciels et des sites web, notamment les critères de Scapin & Bastien, mais aussi les guidelines du usability.gov ou encore les guidelines pour le Web de UserFocus.

L'ergonomie du web se basent également sur deux aspects fondamental qui sont, premièrement « les universels » : connaissances sur les caractéristiques de l'utilisateur (capacités perceptives, motrices, cognitives, etc.); et « les spécifiques » : connaissances de l'individu ou du groupe d'individus qui représente la cible de l'application (connaissance du contexte de déroulement de l'activité, spécifique aux caractéristiques de la tâche, etc.). Cette cible peut d’ailleurs être représentée par « un persona », c’est une représentation fictive mais concrète des utilisateurs pour lesquels le produit est conçu. Elle fournit aux développeurs et aux différents acteurs d’un projet une référence pour définir les fonctionnalités et les scénarios d'utilisation.

 

Les bonnes pratiques et leurs nécessités

Concevoir des interfaces web ergonomiques et accessibles est souvent bien plus qu’un ensemble de recommandations à suivre. Le facteur humain, le gout et les choix personnels du concepteur ainsi que les tendances influencent directement l’apparence visuelle et l’organisation de l’interface. Tout comme le résultat de certaines fonctionnalités, cela impacte directement le comportement des utilisateurs. Jakob Nielsen, expert dans le domaine de l'ergonomie informatique et de l'utilisabilité des sites web, explique que : « Seulement 39 % des sites donnent un titre explicite à la fenêtre de l'explorateur lors du chargement de leurs pages. C'est dommage pour eux, car c'est un critère très important pour le référencement. » Et cela est valable pour de nombreux aspects.

C’est pourquoi il est aujourd’hui indispensable de suivre les bonnes pratiques mises en place par les plus grands protagonistes de l’ergonomie du web.

Parmi ces bonnes pratiques nous retrouvons :

  1. L’architecture, un site se doit d’être bien organisé.
    Il doit être doté de regroupement logique, d’une structuration mettant en avant les contenus clés, et de menus aidant l’internaute à naviguer à l’intérieur du site.
     
  2. L'organisation visuelle, une page doit être bien organisée.
    Il faut éviter le trop plein d'information, afficher seulement les principaux éléments de navigation et d’interaction, afficher les éléments optionnels seulement si nécessaire, supprimer les éléments d'interaction inutiles, et optimiser l'organisation et la hiérarchie visuelle. Comme expliqué Léonard de Vinci : « La simplicité est la sophistication ultime. »
     
  3. La cohérence, le site doit capitaliser sur l'apprentissage interne.
    Les pages doivent être construites sur le même modèle, les localisations, les appellations, les formats, et les interactions doivent être cohérentes.
     
  4. Les conventions, le site doit capitaliser également sur l'apprentissage externe.
    Les pages doivent s'inspirer des autres sites web de référence, il faut alors respecter les conventions de localisation (logo en haut à gauche), respecter les conventions de vocabulaire (« accueil » pour la première page), et respecter les conventions d'interactions et de présentation (un curseur « main » pour les zones cliquables).
     
  5. L’information, un site doit informer l'internaute et lui répondre.
    Le site doit disposer d'un minimum d'informations générales, il doit donner de l'information ponctuelle et expliquer l’interface. Il doit informer au bon moment, et donner un feedback aux actions de l’internaute.
     
  6. La compréhension, les mots et les symboles doivent être choisis minutieusement. Le vocabulaire doit être compréhensible, précis et concis, il doit orienter l’utilisateur. Le vocabulaire doit être conventionnel (« Imprimer » pour imprimer), les symboles doivent être compréhensibles dans le contexte.
     
  7. L’assistance, un site doit aider et diriger l’internaute.
    ​Il doit le diriger grâce à l'organisation et à la visibilité, grâce à des clics logiques et grâce aux affordances, c’est à dire la capacité d’un système ou d’un produit à suggérer sa propre utilisation. Il doit également assister l'internaute en tenant compte de ses besoins, fournir de l'aide explicite en cas de besoin.
     
  8. La gestion des erreurs, le site doit prévoir que l'internaute se trompe.
    L'internaute ne doit pas faire d’erreur, le site doit tout faire pour que l'internaute sache ce qu'il doit faire. Il doit éviter les erreurs grâce aux libellés et aux légendes des champs, grâce à la taille des champs et au type d'éléments de formulaire. Le site doit demander une confirmation pour les actions à risques, empêcher la saisie de données erronées, indiquer une erreur lors de la saisie et faciliter le repérage des erreurs. Il doit fournir une explication précise de l’erreur et l’internaute doit facilement pouvoir corriger ses erreurs.
     
  9. La rapidité, l'internaute ne doit pas perdre son temps.
    Le site doit lui faciliter l'accès aux éléments cliquables (taille, position), multiplier les clés d'entrée vers une même page (lien interne), faciliter les interactions, éviter les actions inutiles et systématiques, et ne pas demander deux fois la même chose à un internaute. Des modes d'interaction orientés efficients doivent exister (mode expert : recherche avancée, mode novice : recherche simple).
     
  10. La liberté, c’est l'internaute qui commande.
    ​Il faut donc proposer le retour arrière du navigateur, le clic-droit, le copier-coller, etc. proposer des actions d’annulation, proposer de contourner le système. L'internaute peut personnaliser son interface suivant ses habitudes, le système ne contraint pas l'utilisateur à des actions futiles, et il faut prévenir si le site doit lancer une application externe.
     
  11. L’accessibilité, un site doit être facile d'accès pour le public ciblé.
    Il faut penser à l’accessibilité physique (respect des standards permettant la navigation à partir de logiciels spécifiques aux déficients visuels.), ou à l’accessibilité technologique (l'absence de plugin). Le site doit pouvoir adapter le contenu à la résolution.
     
  12.  La satisfaction de l’internaute, la navigation doit être plaisante et répondre aux attentes de l’internaute.
    ​Le site doit satisfaire grâce au critère d’utilité mais également grâce à l'esthétisme, à l'expérience utilisateur globale et la qualité du service ainsi qu’à la puissance et à la fiabilité technique.

Ces principes d’utilisation ont un impact majeurs sur les résultats d’analyse des sites web ou applications. Par exemple, en 1998, IBM a revu le design d'une partie de ses sites selon des principes ergonomiques simples tels que l'homogénéité de présentation et l'accès rapide aux pages les plus fréquemment utilisées. En mars 1999, dans le mois qui a suivi le redémarrage, le trafic a augmenté de 120 % sur le site de commerce électronique ShopIBM et les ventes ont grimpé de 400 %. Ces chiffres nous prouvent à quel point l’ergonomie a une place importante dans notre société aujourd’hui, et cela depuis des siècles.

 

Pour conclure, les études des comportements des utilisateurs ainsi que les réussites notables d’applications web avec une ergonomie innovante font que les habitudes changent rapidement. De nouveaux modèles s’imposent et des concepts parfois improbables sont normalisés. Les grands carrousels panoramiques, les sites à page unique ou encore le « responsive design » sont des exemples de tendance qui ont émergé durant l’année dernière.

Avec la croissance perpétuelle de la toile, je pense pouvoir affirmer que l’ergonomie du web est une science encore à son commencement. De nombreux aspects sont encore à découvrir et grâce à cela, nous tendons vers une homogénéisation de plus en plus poussée des supports numériques, mettant en place des principes logiques et fondamentaux nous permettant d’être toujours plus efficace dans notre quotidien.

 

Sources :

  • Wikipédia
  • Ergologique.com
  • Spectrum Groupe
  • Ergognome.com
  • Développez.com