L'obsolescence programmée, la mort prématurée de nos machines.

I / L'obsolescence programmée, définition.

Avant toute chose, il me semble plus essentiel de distinguer les significations des termes obsolescence et durée de vie fonctionnelle. Effectivement, l'obsolescence correspond à une dépréciation de matériel ou d'un équipement avant son usure matérielle. Ainsi on peut dire de produits qu'ils deviennent obsolètes, pour un utilisateur donné, malgré le fait qu'ils fonctionnent encore.

Un produit peut aujourd'hui devenir obsolète pour de multiples raisons. De par le fait que de nouveaux produits plus efficaces ou plus rentables aient été inventés, ou que les pièces de rechange de ces derniers n'existent plus, l'obsolescence préméditée est un problème plus existant dans la société de consommation actuelle.

Que ce soit les ampoules électriques, les bas nylons, imprimante et iPod, les divers fabricants conçoivent leurs produits en incluant des défaillances voulues pour encourager les consommateurs à les remplacer plutôt qu'à les réparer. C'est ce que l'on appelle l'obsolescence programmée, moteur de notre macro-économie moderne.

La notion d’obsolescence programmée dénonce un stratagème par lequel un bien verrait sa durée normative sciemment réduite dès sa conception, limitant ainsi sa durée d’usage pour des raisons de modèle économique. Définition de l’ADEME.

II /Les différents types d'obsolescence programmée.

                Nous pouvons différencier plusieurs types d'obsolescence programmée. Effectivement, selon le domaine spécifié l'obsolescence programmée peut se retrouver sous différentes variantes comme :

  • La péremption planifiée (souvent retrouvé dans l'agroalimentaire)
  • Les défauts fonctionnels plus spécifiquement retrouvé dans les domaines technologiques (cas des iPod notamment, ou lorsqu'une pièce ne fonctionne plus, l'ensemble du produit est inutilisable.)
  • La péremption indirecte (type d'obsolescence programmée le plus courant en ce qui concerne les téléphones mobiles, effectivement rapidement alors que les produits sont totalement fonctionnels, les produits associés tels que les batteries ou les chargeurs ne sont plus offerts sur le marché.)
  •  Et la plus utilisée aujourd'hui l'obsolescence esthétique qui conduit un produit à sa mort prématurée de par l'effet de mode qu'engendre son successeur.

 

III / Les arcanes de l'obsolescence programmée.

                Tout commença dans un monde où des industriels ont eu la malicieuse idée de se dire que le consommateur qui aurait pour but de consommer à crédit pour acheter des choses dont il n'a pas besoin serait bénéfique pour leurs croissances économiques.

C'est alors que naquit la décision de réduire la durée de vie des produits pour accroître la demande du consommateur.

Genève, Noël 1924, date cruciale à laquelle nous devons les prémices de l'obsolescence programmée. Durant ce mois de décembre plusieurs entreprises de fabrication d'ampoules ont décidé de s'allier dans un cartel international nommé Feobus. Ils avaient pour but d'échanger des licences et des brevets, afin de réguler la production mondiale d'ampoules pour en finalité, contrôler le consommateur et se partager le gâteau.

Effectivement, d'un point de vue économique, il était plus louable pour ces compagnies que le consommateur achète régulièrement les ampoules qu'il fabriquait. Si ces dernières duraient trop longtemps cela représentait un préjudice économique important. Alors qu'au départ ces mêmes fabricants avaient pour but de fabriquer des ampoules de longue durée (2500 heures), le cartel Feobus pensait qu'il fallait mieux limiter la durée de vie de ces dernières à 1000 heures.

Les premières ampoules de Thomas Edison, 1881 avaient une durée de vie de 1500 heures.
 

En 1925, le comité 1000 heures fut créé pour limiter la durée des ampoules avec des moyens techniques tels que la modification chimique des gaz, ou encore la qualité du tungstène utilisé. C'est ainsi que commença la grande fabrication d'ampoules plus fragiles limitées à 1000 heures. Le cartel avait ainsi agrégé les statistiques de durée de vie moyenne des ampoules et décidé d’infliger des amendes aux industriels dont les ampoules avaient une durée de vie de plus de 1.500 heures. Leur stratégie fut très efficace car la durée de vie moyenne des ampoules qui était 2.500 heures en 1924, était tombé à moins de 1.500 heures 2 ans plus tard avant d’atteindre 1.000 heures.

En 1953, le cartel Feobus fût condamné à lever ces restrictions. Dans les faits rien ne bouge et la durée de vie des ampoules ne remonte pas. Pourtant, dans les années qui suivirent, plusieurs brevets visant à créer des ampoules d’une durée « à vie » furent déposés, dont un filament longue durée capable de durer 150.000 heures. Il n’a jamais été commercialisé.

Livermore en Californie, une ampoule marche depuis 1901 en continu. Ironiquement cette ampoule centenaire a survécu à deux webcams.

Nous pouvons ainsi dire que l'obsolescence programmée a émergé en même temps que l'industrie de chaînes et la société de consommation. Effectivement, avec la production en série les prix des articles ont été sacrifiés ce qui a eu pour principal effet d'inciter les consommateurs à ne plus acheter seulement ce qu'ils avaient besoin mais ce qu'ils désiraient.

Cependant, les industriels en sont rapidement arrivés à se demander ce qu'il arriverait quand les consommateurs auront subvenu à tous leurs besoins et envies. On peut le dire un produit qui ne s'use pas est une tragédie pour les affaires.

C'est pourquoi, Bernard London, pour pallier à la grande dépression de 1929 fît une proposition visant à donner plus de débouchés aux industriels : « limiter légalement la durée de vie des biens de consommation ». L'obsolescence programmée était née.

London émettait l'idée que les consommateurs pourraient alors renvoyer des objets usagés à un organisme qu'il détruirait. Ainsi si quelqu'un conservait un article au-delà de la date limite il serait alors passible d'une amende. Malgré le fait que l'idée de London était  à ses prémices une idée tout à fait louable (il pensait qu'en rendant obligatoire l'obsolescence programmée l'industrie reprendrait ses lettres de noblesse et du fait en rayerait le chômage.), fort heureusement, l’idée de London n'a jamais été adopté et ainsi, l'obsolescence par obligation légale a été abandonné.

Dans les années 1950 l'idée ressurgit, mais avec une différence cruciale, au lieu d'obliger légalement l'obsolescence programmée au consommateur cette dernière les séduirait. Selon Brooks Stevens, il faut « inculquer à l'acheteur le désir de posséder quelque chose d'un peu plus récent, un peu meilleur et un peu plus tôt que ce qui est nécessaire ».

Comme ses prédécesseurs, il souhaite non pas faire des produits de piètre qualité, mais les renouveler tous les ans par le phénomène que l'on appelle la mode.

Ford sortit une voiture conçue pour durer (stratégie du modèle unique) la Ford T. Pour battre Ford, General Motors Industries choisit une stratégie nouvelle. Alfred Sloan décide de sortir une voiture conçue sur le design (concept du modèle annuel), son but étant d'encourager le consommateur a changé de voiture tous les trois ans. Forcé de constater sa réussite, l'entreprise Ford choisit alors d'adopter la même stratégie. L'industrie automobile a alors explosée entraînant avec elle l'économie du pays.

A l'opposé de l'ancienne approche européenne, qui voulait concevoir le meilleur produit et le plus durable, l'approche américaine vise quant à elle à rendre le consommateur insatisfait d'un produit dont il a profité quelque temps, afin qu'il le mette sur le marché de l'occasion pour acquérir un produit dernier cri au design novateur.

C'est ainsi qu'on arriva pas à pas dans ce monde de consumérisme ou un nouveau produit est créé toutes les trois minutes dans le monde.

 

IV / lutter contre l'obsolescence programmée, des solutions pour agir.

                On en vient rapidement à se demander comment contrer cette obsolescence programmée, comment éviter ce gaspillage de ressources naturelles et d'énergie dans un monde où l'écologie est à la tête de tous les questionnements.

En 2007, l’ADEME dénonçait l’ampleur de l’obsolescence programmée via un rapport. Elle révélait que seuls 44% des appareils électroniques qui tombent en panne sont réparés.

En France, le groupe Europe Écologie Les Verts (EELV) du Sénat a déposé le 18 mars 2013 une proposition de loi visant à lutter contre l'obsolescence et augmenter la durée de vie des produits. Le texte vise à donner une définition précise du concept, à étendre la durée légale de conformité des produits, à faciliter l'accès aux pièces détachées nécessaires à la réparation d'un produit et à rendre les stratégies d'obsolescence programmée punissables de deux ans d'emprisonnement et de 37 500 € d'amendes.

En conclusion, nous pouvons dire que la seule vraie façon de lutter contre l'obsolescence programmée, est de nos jours possible qu'avec l'auto-réparation des objets défectueux, et la remise au goût du jour des objets vieillissants.